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l’Américain David Vann évoque son père suicidaire

L’écrivain a trouvé la juste distance, entre pessimisme et humour, pour relater les derniers jours de son père, avant qu’il ne se tire une balle dans la tête.

Par Macha Séry Publié aujourd’hui à 20h00

Temps de Lecture 4 min.

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Un poisson sur la Lune (Halibut on the Moon), de David Vann, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laura Derajinski, Gallmeister, 286 p., 22,40 €.

Etats-Unis, 2013. Photo issue de la série « Some One Else ».
Etats-Unis, 2013. Photo issue de la série « Some One Else ». KYLE THOMPSON / AGENCE VU

Dans sa jeunesse, David Vann aspirait à devenir zoologue. Il aimait observer les poissons. « Ichtyology » (non traduit) fut d’ailleurs, en décembre 2008, sa première nouvelle publiée. Le natif d’Adak, petite île à l’extrême ouest de l’Alaska, soutient qu’étudier les vertébrés marins contribue à mieux comprendre les hommes. Dans Un poisson sur la Lune, son huitième livre paraissant en France, Jim, père suicidaire, raconte à ses enfants de 13 et 8 ans la ­légende d’un flétan de 150 kg envoyé sur la Lune par la NASA, lequel poisson, ayant battu des nageoires dans son bocal, a, en l’absence de gravité, quitté celui-ci pour décrire un vol magnifique avant de ­disparaître.

Lire aussi L’indifférence de l’Alaska

Les astronautes présents lors de l’expérience ne se souviennent pas clairement de ce qui s’est passé, poursuit-il avec moult détails, avant de s’égarer dans des considérations existentielles. « Il faut comprendre la beauté de découvrir ce à quoi était destiné le flétan. » Il conclut son long récit par une interrogation : « A quoi pense un flétan, dans ce court moment de vol ? Tant qu’on ne saura pas ça, pourra-t-on savoir quoi que ce soit ? »

Tant d’amour, tant de solitude dans les ­romans de David Vann…

David Vann a cherché à savoir, lui, à quoi peut penser un « être devenu fragile ». Un poisson sur la Lune conte, en ­effet, l’histoire d’un homme nanti d’une lucidité tranchante, et qui ne parvient plus à respirer. Nez pris, gorge desséchée, aucun influx vital. Asphyxié par ses défaites passées, Jim est tel un poisson hors de l’eau. Lorsqu’il atterrit à San Francisco où l’attend son frère pour le conduire à Santa Rosa, où ils ont grandi, il n’a qu’un but : rendre visite à sa famille (parents, enfants) et « être sauvé ».

Asphyxié par ses défaites passées, Jim est tel un poisson hors de l’eau. Lorsqu’il atterrit à San Francisco, il n’a qu’un but : rendre visite à sa famille et « être sauvé »

Il cherche « comment survivre assez longtemps pour atteindre ce moment où la vie redevient quelque chose de dési­rable », tout en portant sur lui son Magnum .44, l’arme de Clint Eastwood dans Dirty Harry (de Don Siegel, 1971), souligne-t-il à l’envi. Jim repartira pour l’Alaska au terme de quelques jours qui n’auront rien résolu, pis, qui précipiteront sa décision, malgré les tentatives de ses ­proches pour déjouer l’inéluctable. Tant d’amour, tant de solitude dans les ­romans de David Vann…

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