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Avec « Vénus s’en va », Damien Aubel redonne de la chair à l’empereur Claude

Les historiens antiques le qualifient d’« hébété », de « goinfre », de « dipsomane ». L’audacieux écrivain, lui, distingue en Claude le rêveur et, en sa quête spirituelle, le nec plus ultra de l’éros romain.

Par Maylis Besserie Publié aujourd’hui à 22h00

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Vénus s’en va, de Damien Aubel, Inculte, 264 p., 18,90 €.

L’empereur Claude, statue du Musée archéologique de Vaison-la-Romaine.
L’empereur Claude, statue du Musée archéologique de Vaison-la-Romaine. NICOLAS THIBAUT / PHOTONONSTOP

Claudius Imperator ! Le plus mal-aimé des augustes (qui régna entre 41 et 54), le plus mal mémorisé, dont on a au mieux ­conservé une image de benêt, d’empereur-andouille, se voit tout à coup sorti des oubliettes de l’histoire. Une fiction, Vénus s’en va, révèle les aspirations charnelles et métaphysiques de ce souverain incompris – qui rêvait de s’unir à la déesse de l’amour. La plume anachronique et rococo de ­Damien Aubel n’est pas de trop pour une entreprise aussi téméraire : faire de Claude notre contemporain.

« Hébété », « goinfre », « dipsomane », pour les historiens antiques… Il fallait bien être deux millénaires plus loin pour distinguer en Claude le rêveur et, en sa quête spirituelle, le nec plus ultra de l’éros romain.

Avant d’entrer dans les méandres de l’ambition claudienne (une ambition ? plutôt un rêve éveillé), avant de nous envoler vers les sphères inatteignables du singulier ­bonhomme, voyons d’abord le décor et ses apparats, la vie matérielle telle qu’organisée ici-bas. Claude règne « sur Rome, il veut dire le monde, au milieu du premier siècle de ­votre ère ». Comment est-il arrivé là ? Par hasard ? Un accident de l’histoire ? Accident pas si accidentel, puisque quelques prétoriens ont assassiné son frère, Caligula, à qui il succède.

Un duo infernal

Toujours est-il que Claude baigne depuis sa naissance dans une mare épaisse et ­noirâtre d’intrigues, de complots, de guerres de palais. Ces manigances sont l’humus du récit, le monde réel contre lequel Claude se cogne lorsqu’il descend de la lune depuis laquelle il contemple l’inaccessible ­Vénus. A la manœuvre, un duo tout aussi romanesque et infernal : Narcisse, « tête pensante et écrivante » de Claude, et Messaline, femme officielle, impératrice avide de ­pouvoir au nom resté, lui, fameux.

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Derrière ce pouvoir, Messaline l’a bien compris, se nichent d’autres attributs, si voisins qu’ils se recouvrent l’un l’autre : la passion, le désir, l’éros. Claude irait même plus loin : la politique n’existe pas. En tout cas, pas pour elle-même. Elle n’est que ­réceptacle, songe, une toile blanche sur ­laquelle l’empereur déverse et met en scène, éprouve sentiments et sensations venues de bien plus haut, d’un royaume ­céleste. En poussant encore le bouchon, le divin non plus n’existe pas, il est cette quête projetée sur l’autre dans laquelle Claude reconnaît diverses facettes de ­Vénus. Car la déesse de l’amour ne se ­limite pas à la pose lascive qu’on lui ­connaît. Si elle est « l’Exotica, luxe et luxure tout ­ensemble », dont la vision poursuit Claude jusque dans le Palatin-lupanar de Rome secrètement tenu par sa femme, ­Vénus est aussi « l’Erycine », c’est-à-dire ­l’incommensurable.

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