Français

« Les Communistes et l’Algérie », d’Alain Ruscio : les rendez-vous manqués

L’historien montre les malaises et malentendus qui ont caractérisé la relation des communistes français avec la cause algérienne, en particulier pendant la guerre d’indépendance.

Par André Loez Publié aujourd’hui à 06h00

Temps de Lecture 2 min.

Article réservé aux abonnés

Les Communistes et l’Algérie. Des origines à la guerre d’indépendance, 1920-1962, d’Alain Ruscio, La Découverte, 664 p., 28 €.

Entre le Parti communiste français (PCF), internationaliste et anti-impérialiste, et les militants de l’indépendance algérienne, engagés dans la lutte armée contre la ­colonisation française à partir de 1954, la solidarité aurait pu, aurait dû être évidente. Et pourtant. En dépit de moments emblématiques, comme les manifestations de 1955-1956 contre l’envoi en Algérie de jeunes soldats « rappelés » du ­contingent, ou la fin tragique du mathématicien et militant communiste Maurice Audin, torturé et assassiné par ­l’armée en juin 1957, l’histoire de la relation des communistes français avec la cause algérienne est avant tout marquée par des malaises et des malentendus.

Lire aussi Mort de Josette Audin, qui a consacré sa vie à faire la lumière sur la disparition de son mari

C’est ce que montre Alain Ruscio dans un ample livre, qui s’inscrit dans la ­continuité de ses nombreux travaux consacrés à l’histoire coloniale. Il donne de multiples raisons à ces incompré­hensions. Au sommet, les dirigeants ­communistes ont multiplié les erreurs d’analyse et les atermoiements à propos de la nation algérienne émergente, ­faisant le pari désastreux de voter les « pouvoirs spéciaux » au gouvernement Guy Mollet en 1956, lequel allait inten­sifier la répression. A la base, au sein du prolétariat, les contacts entre syndiqués communistes et travailleurs algériens immigrés en France sont restés épars, voire inexistants.

Et dans l’Algérie en guerre, de nombreux communistes ayant rejoint les maquis du Front de libération nationale (FLN) y ont subi la méfiance, voire les violences de nationalistes algériens multipliant les purges. Pour finir, le PCF fut placé en porte-à-faux par les choix du général de Gaulle : après avoir dénoncé un danger « fasciste » lors de sa prise de pouvoir en 1958, il lui était difficile de soutenir sa politique en faveur de l’« auto­détermination » des années suivantes. En ces temps dramatiques, le slogan diffusé par le parti, « Paix en Algérie », sonnait juste, mais restait bien vague.

Examen de conscience militant

Pour retracer ces évolutions complexes, l’auteur varie les échelles d’analyse, abordant aussi bien l’appareil du parti que la presse et les intellectuels qui lui furent liés, et restituant finement beaucoup d’itinéraires individuels, des deux côtés de la Méditerranée. Fortement documenté, son propos reste très personnel : il tient à la fois du réquisitoire anticolonial, du martyrologe pour les victimes de la torture et des exactions de l’Organisation armée secrète (OAS), et de l’examen de conscience militant, appuyé sur une formule d’Aragon : les communistes furent-ils bons « par rapport à eux-mêmes » ?

Source link

قالب وردپرس

Tags
Show More

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Close