Français

Boris Le Roy dans l’aveuglante lumière nigériane

Une enquêtrice de l’ONU doute du bien-fondé de sa présence sur les lieux d’un attentat dans la capitale nigériane. « L’Education occidentale », roman de Boris Le Roy.

Par Gladys Marivat Publié aujourd’hui à 22h00

Temps de Lecture 2 min.

Article réservé aux abonnés

L’Education occidentale, de Boris Le Roy, Actes Sud, 160 p., 17,50 €.

Après un attentat à la bombe à Maiduguri, au Nigeria, en 2015.
Après un attentat à la bombe à Maiduguri, au Nigeria, en 2015. JOSSY OLA / AP

Comme son héroïne, Ona, la narration de L’Education occidentale est duelle. Tiraillée entre la réalité de là-bas, à Paris, et d’ici, au Nigeria. Entre la précision qu’impose le travail scientifique et le bouillonnement des émotions que provoque l’altérité. Ainsi Boris Le Roy emmène-t-il son lecteur au plus près de ce que vit cette agente de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), en mission à Abuja pour former la police ­locale à l’investigation scientifique. Ce personnage est directement inspiré d’une amie de l’auteur, qu’il a suivie plusieurs mois dans la capitale nigériane.

On rencontre Ona au milieu des débris et des corps, sur un marché d’Abuja soufflé par un attentat à la bombe. Elle note sur un carnet la composition de son équipe, leur matériel, le nombre de victimes, elle photographie la scène de crime. Sa maîtrise fascine. Comme le sobre langage technique déployé en une longue phrase de 150 pages – la totalité de ce ­roman, le troisième de l’auteur.

Lire aussi Le sexe n’est pas tout

L’éblouissement d’Ona

Envoûté par cette poésie énigmatique, on oublie que l’apparente clairvoyance d’Ona est en fait troublée dès les premières lignes. « La colonne de fumée », le bruit continu des sirènes qui crée « des effets de dissonances et de contrepoints, comme les dernières notes d’une fugue ­répétées en boucle », perturbent ­l’enquêtrice. La découverte de son chauffeur, Sani, parmi les victimes, achève de la faire osciller entre le relevé des indices et les images qui la hantent depuis son arrivée au Nigeria, un an plus tôt. La tête de Sani – mais que faisait-il ici ? –, le rouge des flamboyants, la peur du kidnapping, les vendeurs au bord de la route polluée de plastique… Le soleil lui brûle les yeux. L’éblouissement d’Ona, qui « ne fait plus la distinction entre le réel et l’imaginaire », est le symptôme d’autres aveuglements. A commencer par ceux de l’ONUDC, dont les membres, des Occidentaux, croient ingénument pouvoir régler les problèmes du pays. Le chauffeur de l’expatriée ne lui a-t-il pas demandé un jour : « Comment ne se sentait-elle pas au service d’un fantasme démagogique, prétendument humaniste, d’une fiction mondialiste où l’énergie dépensée pour des évolutions négligeables était sans limites (…) » ?

La tension monte

Cette illusion est le vrai sujet – et la vraie enquête – de ce court roman captivant qui, à travers l’analyse d’une scène de crime, interroge l’action des Occidentaux en Afrique et les maux du Nigeria postcolonial. Pourquoi les premiers se rendent-ils là-bas ? Les Européens qu’Ona a rencontrés disent comprendre les Nigerians. Tandis qu’ils pérorent sur le succès des terroristes islamistes de Boko Haram, nom qui signifie « l’éducation occidentale est un péché », la jeune femme médite sur les proverbes locaux. Comme Oyinbo su s’aga, « le Blanc déféqua sur le trône », qui désigne la situation ­impossible dans lequel le pouvoir colonial britannique a laissé le pays avant de se retirer en 1960 : 250 ethnies sous une autorité fédérale, une capitale bâtie ex nihilo et une guerre civile à venir. Mais de cela, « l’éducation occidentale » qu’Ona a reçue à l’école ne fait pas mention.

Source link

قالب وردپرس

Tags
Show More

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Close