Français

« Il serait bon d’accorder le prix Goncourt à des récits autobiographiques »

Article réservé aux abonnés

Tribune. Du Lambeau, de Philippe Lançon (Gallimard, 512 pages, 21 euros), les Goncourt n’ont pas voulu. « C’est un très bon livre, peut-être l’un des plus beaux de l’année, a déclaré Bernard Pivot, président du jury, mais ça ne correspond pas à ce qu’attend le Goncourt, c’est-à-dire couronner un roman d’imagination. » Dans le mensuel Service littéraire de décembre 2018, Pierre Assouline, membre du même jury, est plus incisif encore : en donnant le prix à un ouvrage qui n’est pas un « roman », on induirait le public en erreur et on ignorerait « une réalité incontournable » depuis la création dru prix.

Que dit en réalité le testament d’Edmond de Goncourt, puisque c’est manifestement à lui que nos amis font allusion ? « Ce prix sera donné au meilleur roman, au meilleur recueil de nouvelles, au meilleur volume d’impressions, au meilleur volume d’imagination en prose, et exclusivement en prose, publié dans l’année. » Et, plus loin : « Mon vœu suprême (…), c’est que ce prix soit donné à la jeunesse, à l’originalité du talent, aux tentatives nouvelles et hardies de la pensée et de la forme. » On voit bien qu’il ne donne pas l’exclusivité au roman. Précisant même : « Le roman, dans des conditions d’égalité, aura toujours la préférence », ce qui prouve que, dans son esprit, d’autres genres en prose peuvent concourir.

Une part d’imagination dans la non-fiction

Dans la réalité, d’ailleurs, les académiciens Goncourt n’ont pas toujours montré cette inflexible préférence pour le « roman d’imagination ». Le Feu, d’Henri Barbusse, couronné en 1916, n’était-il pas un témoignage ? L’Amant, de Marguerite Duras, en 1984, n’était-il pas, à 99 %, une autobiographie ? Et qu’avait de romanesque Les Ombres errantes, le beau livre de Pascal Quignard, primé en 2002 ? Certains critiquèrent, mais d’autres louèrent Edmonde Charles-Roux d’avoir couvert ce choix de son autorité de présidente. Edmonde avait compris que les choses avaient changé depuis la mort d’Edmond. En 1896, le paysage littéraire français ne comprenait guère de récits autobiographiques, dans la ligne de ce que furent exemplairement Les Confessions de Rousseau.

Et pourtant, première remarque, beaucoup plus que pour leurs romans Germinie Lacerteux ou Madame Gervaisais, Edmond de Goncourt et son frère survivent pour leur journal, œuvre de témoignage autobiographique s’il en est. Et puis, deuxième remarque, a fini par s’imposer aujourd’hui l’évidence qu’il y a nécessairement une part d’imagination dans la non-fiction même.

Source link

قالب وردپرس

Tags
Show More

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Close